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Histoire du lac de Gaube

  Le lac vu par les romantiques

    C'est de la grande époque romantique que date l'affluence au lac de Gaube. On y montait, à pied ou en chaise à porteurs, entre deux verres d'eau de la source de César ou deux gargarismes à la Raillère. On y croisait des princes, des grands d'Espagne et des ministres qui entretenaient le commerce florissant de l'hôtellerie du bord du lac.

 

Lac de Gaube.      

 Victor Hugo (1802 - 1885)

Le Lac de Gaube

Treize cents pieds. Notre vieille Notre-Dame s'y entasserait six fois sur elle même avant que la haute balustrade de ses tours parût à la surface de l'eau. On y plongerait la grande pyramide, on poserait sur Chéops le Munster de Strasbourg et sur le Munster la flèche d'Anvers que c'est à peine si l'extrémité de la flèche d'Anvers paraîtrait au-dessus du lac comme la pointe du mât d'un vaisseau naufragé.

 

Abords

".....Vallée très sauvage. Forêts de pins écrasés par une montagne écroulée.

Arbres étêtés. Arbres morts. Ici les années, les coups de tonnerre et les avalanches sont les seuls bûcherons. Les arbres morts à branchages sans feuilles et tordus et sans petits rameaux ressemblent à de gros madrépores.

Un marais. Charmant. Humide. Miroir éclatant des nuées et des arbres. Piqué de mille tiges droites où s'épanouissent les belles et molles fleurs de l'eau. La macreuse sur l'étang est aussi belle que l'aigle sur le lac...."

Le lac

Une flaque d'eau la plus verte, la plus gracieuse, la plus jolie, la plus gaie, entourée de rochers hideux, mâchés, déformés, ruinés, terribles. Au fond les neiges du Vignemale, la plus haute montagne française, font un immense Y renversé sur l'orient. Au bord eau transparente sous laquelle on voit les granits, mais qui s'enfonce rapidement. Les grandes ombres du rocher tombent sur l'escarpement occidental comme des ombres de créneaux.

Premier plan. Cabane où l'on boit du Kirch, une cage pleine de poules.

Canards, rocher qui fait une petite presqu'île, on y voit une espèce de tombeau en marbre blanc entouré d'une grille. Ce sont des Anglais qui se sont noyés ici et dont voici l'épitaphe :

 

 

EPITAPHE

A la mémoire de William Henri Pattison, écuyer avocat de Lincolns'Inn, à Londres, et de Sarah Frencs, son épouse.

Âgés l’un de 31 ans, et l’autre de 26 ans, mariés depuis un mois seulement, un accident affreux les enleva à leurs parents et à leurs amis inconsolables, ils furent engloutis dans ce lac le 20 septembre 1842

Leurs restes transportés en Angleterre reposent à Wilham

Dans le comté d’Essex  (répété en Anglais de l’autre côté)

 

Une tragique noyade -  monument PATTISON - hypothèses

 

Bulletshttp://www.loucrup65.fr/pgie0685.htm

 

 

"....Au fond du lac, au bas du Vignemale on voit une pinède de très hauts pins. 1250 pieds de profondeur.

Eau glaciale - Qui y tombe y meurt. Depuis quatre-vingt-dix ans que le vieux pêcheur était là, il n'avait vu personne assez hardi pour s'y baigner. Il en coûte trois sous par personne pour entrer dans l'enclos du tombeau. J'y ai cueilli deux cinéraires dans le granit en surplomb sur le lac. - J'ai glissé et failli tomber dans l'eau. Cela eut fait une deuxième tombe. On eût pris six sous.....".

Cet humour noir prend une résonance tragique à la lumière du drame de Villequier, survenu le 25 septembre 1843 et que Victor Hugo apprit au hasard d’une gazette sur le chemin du retour. Ce drame avait coûté la vie à sa fille bien-aimée, Léopoldine, et à l’époux de celle-ci, Charles Vacquerie, mariés depuis un mois :

 Victor Hugo (1802 - 1885)

Les Contemplations "Demain, dès l’aube..."

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vert Honfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur sa tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur "

(Victor Hugo )

 

"A l'entrée on lit cette inscription sur la grille même de l'enceinte : "On déjaune au caféaulet""

Victor Hugo, Pyrénées 1843

Hippolyte Taine (1828-1893)

Le Lac de Gaube
     
  Le lac de Gaube dort entre les précipices. L'eau verte, profonde trois cents pieds, a des reflets d'émeraude. Les têtes chauves des monts s'y miroitent avec une sérénité divine. La fine colonne des pins s'y réfléchit aussi nette que dans l'air; dans le lointain, les bois vêtus d'une vapeur bleuâtre viennent tremper leurs pieds dans son eau froide, et l'énorme Vignemale, taché de neige, le ferme de sa falaise. Quelquefois un reste de brise vient le plisser, et toutes ses grandes images ondulent; la Diane de Grèce, la Vierge chasseresse et sauvage, l'eut pris pour miroir.

                       

Charles Baudelaire (1821-1867)

Vision du lac de Gaube un soir d'orage

 

Tout là-haut, tout là-haut, loin de la route sûre,

Des fermes, des vallons, par-delà les coteaux,

Par-delà les forêts, les tapis de verdure,

Loin des derniers gazons foulés par les troupeaux,

On rencontre un lac sombre encaissé dans l'abîme

Que forment quelques pics désolés et neigeux;

L'eau nuit et jour y dort dans un repos sublime

Et n'interrompt jamais son silence orageux  

Baudelaire, en visite au lac de Gaube, après le Pont d'Espagne a lui aussi consigné une merveilleuse phrase : " On dirait que le ciel, en cette solitude se contemple dans l'onde, et que les monts, là-bas, écoutent, recueillis dans leur grave attitude, un mystère divin que l'homme n'entend pas. "(Juillet 1838)

 

Gustave Flaubert (1821-1880)

Gustave Flaubert vint à Cauterets en 1840. L’auteur de « Salammbô » y a évoqué le lac de Gaube dans ses « Notes de voyage » en ces termes :

« Alors, on entre dans une forêt de sapins, et bientôt vous marchez sur une grande prairie au bout de laquelle se trouve le lac. Sa teinte vert de gris le fait confondre un instant avec l’herbe que vous foulez ; il est uni et calme ; son eau est si calme qu’on dirait une grande glace verte ; au fond se dresse le Vignemale dont les sommets sont couverts de neige, de sorte que le lac se trouve encaissé dans les montagnes, si ce n’est du côté où vous êtes. (…). On y arrive à midi, dévoré d’une faim atroce et l’on s’y empiffre d’excellentes truites saumonées, ce qui ôte à l’imagination toute sa vaporosité et l’empêche de s’élever vers les hautes régions, sur les neiges, pour y planer avec les aigles. »

         (Extrait de la "Gazette de Lourdes et de Cauterets").

 

Eugène Viollet-le Duc (1814-1879)

 

Eugène Viollet-le-Duc

 relatant son ascension du Petit Vignemale du 4 août 1833


"Je ne disais rien car mon âme était fortement frappée pour que je puisse parler ; le lac était encore d'un bleu sombre, les montagnes brunes, et au-delà de tout cela Vignemale brillait déjà des premiers rayons de soleil ; le ciel, oh ! le ciel était pur comme le Paradis..."

 

George SAND (1804-1876)

George Sand est le pseudonyme d'Amantine Aurore Lucile Dupin

Je suis dans un tel enthousiasme des Pyrénées, que je ne vais plus rêver et parler, toute ma vie, que montagnes, torrents, grottes et précipices. Vous connaissez ce beau pays, mais pas si bien que moi, j'en suis sûre; car beaucoup des merveilles que j'ai vues, sont enfouies dans des chaînes de montagnes où les voitures et même les chevaux n'ont jamais pu pénétrer. Il faut marcher à pic des heures entières dans des gravats qui s'écroulent à tout instant, et sur des roches aiguës où on laisse ses souliers et partie de ses pieds.

«Enfin, nous sommes entrés dans les Pyrénées. La surprise et l'admiration m'ont saisie jusqu'à l'étouffement. [...] Je ne me figurais pas la hauteur de ces masses qui touchent les nuages.» La jeune femme bouleversée qui écrit ces lignes, au mois de juillet 1825, s'appelle Aurore Dupin, baronne Dudevant. Elle ne porte pas encore de pantalons ni son fameux nom de plume, celui de George Sand. Elle a 21 ans, de l'audace et de l'impertinence. Cédant à la mode du thermalisme mondain, elle se rend à Cauterets, ville de cure et de plaisir

En 1825, c'est le plus exaltant, le plus pathétique et le plus chaste roman d'amour qu'aient jamais connu les Pyrénées, que vont vivre George Sand et Aurélien de Sèze. Nous le découvrons dans Lavinia, dont l'action se situe à Saint-Sauveur, là même où Aurélien a dansé avec elle, Aurore, « un soir où éclate l'orage qui, dans ce pays frénétique, rapproche les cœurs émus de passion et jette de grandes plaintes aiguës et traînantes comme des sanglots ».

« Avez-vous remarqué, demande Lavinia, que dans le brusque passage des ténèbres à la lumière et de la lumière aux ténèbres, tout semblait se mouvoir, s'agiter, comme si les monts s'ébranlaient pour s'écrouler ? » Et Aurélien, subjugué, de répondre : « Je ne vois rien ici que vous, Lavinia... »

Source du texte : site http://www.algeriepyrenees.com/55-categorie-504310.html

 

 

Le cristivomer du lac de Gaube

Petite histoire :   

Savez-vous comment a été attrapé le plus gros cristivomer de France ? Eh bien voilà un récit qui m'a été raconté par le patron de l'hôtellerie du lac. Un beau jour, il y a plusieurs dizaines d'années, un de ses amis est monté jusqu'au lac dans l'unique but d'attraper un poisson énorme : le cristivomer du lac de Gaube. Équipé d'une canne pour la pêche en mer, voici notre homme pêchant le saumon de fontaine près du bord !

Aussitôt dit, aussitôt fait. Il attrape un saumon d'une vingtaine de centimètres et l'èche comme vif !!!

Il lance son montage à une dizaine de mètres et à bonne profondeur et attend, quand tout à coup, une touche se fait ressentir. Après une bonne heure de combat acharné avec le poisson, notre pêcheur fou met à sec un cristivomer de près de 10 kg pour 1 m.

Une photo à l'hôtellerie reste en témoignage de ce déchirement des eaux.

Parfois, le domaine de la pêche est démesuré et le défi lancé au poisson peut devenir folie..

 

Le lac de Gaube, Altitude 1731m.

Vous y verrez peut-être le reflet du Vignemale (3298 m), berceau du pyrénéisme. Pour accéder à ce lieu majestueux, vous choisirez la promenade par les sentiers balisés ou le confort des remontées mécaniques (télécabine et télésiège) ouvertes de mai à octobre.

D'une profondeur de 40m, d'une surface de 19 ha et de plus de 2 km de berges, son comblement est actif et le delta de ce lac situé à l'embouchure du torrent principal est chargé d'alluvions glaciaires.

Le lac de Gaube a été sondé par Delebecque et Ludovic Gaurier

" Son lit est entièrement granitique et sur les bords croulent les avalanches entrainant roches, troncs d'arbres et débris végétaux. Quand ces avalanches tombent au printemps sur une surface encore gelée, elles forment un cône de déjection qui peut s'avancer à plus de 50 m de la rive, les rochers entrainés avec la neige tombent verticalement au fond lorsque le lac dégèle et il en résulte une moraine sous lacustre formant un cordon littoral, parallèle au rivage, isolant du reste du lac la cuvette créée."

 

Le Vignemale

La face nord du Vignemale

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